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Émile Chevalier, Les Nez-Percés : Drames de l’Amérique du Nord, Cartouche, 2010
Ean13 : 9782915842692

 

 

Si Henri-Émile Chevalier porte bien son nom – journaliste républicain défenseur d’idées égalitaires en un temps où ces opinions n’étaient bien vues ni en France ni dans les jeunes États-Unis – certains durent croire à un pseudonyme choisi par cet adepte des sagas aventureuses et des chevauchées héroïques en terres indiennes ! En l’occurrence celles des Nez-Percés, restés ancrés dans l’imaginaire nord-américain pour leur façon de construire les tipis, leur élevage des merveilleux chevaux appaloosa et les photos sépia d’Edward S. Curtis.

 

C’est parmi eux que le vaillant Poignet-d’Acier, métis soucieux de remettre les siens sur le droit chemin selon la morale des Blancs, mais surtout de mener à bien ses affaires de trappeur-mercenaire, va vivre au gré des chapitre des aventures plus époustouflantes les unes que les autres, dans la grande tradition du feuilleton héroïque !

Aujourd’hui, un roman de cette nature, quelque enthousiasmantes que soient ces péripéties et leur style vif et original, heurtent le politiquement correct par des clichés condescendants envers les Indiens, ces grands enfants indisciplinés, buveurs et parfois cruels, ou flatteurs au sujet des colons blancs, élégants et intelligents. Mais il serait trop facile de négliger deux choses avant d’en juger. La première est que ces clichés sont encore véhiculés par un genre aussi populaire et plaisant que le western, pour ne rien dire d’une équivalence avec le cinéma européen traitant de ses anciennes colonies... L’autre est que, à une époque où de simples convictions républicaines pouvaient valoir l’exil, comme ce fut le cas pour Chevalier (ou Hugo), le remuant journaliste n’hésitait pas à truffer ses romans de déclarations aussi peu diplomatiques que celle qui, par exemple, jaillit dès la deuxième page des Nez-Percés : D’ailleurs je n’aime ni vos villes ni vos hommes civilisés. On y trouve plus d’hypocrisie et de méchanceté que parmi les Indiens.

 

Les premiers ne tuent pas toujours par le corps comme les seconds, mais ils assassinent, ils torturent chaque jour par l’esprit, et cela avec impunité, sans que la loi les poursuive, sans que l’opinion publique les mette au pilori » juge sévèrement le cocasse Nick Whiffles, qui conclut que « Ça peut paraître beau, mais ça n’est pas juste, et ça ne me va pas. Voilà, capitaine, pourquoi je préfère demeurer au milieu des sauvages.» Et toc.

 

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