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Philippe
Ducarroz
Evidemment,
lorsque j’ai accompagné pour la première fois mon
grand-père… belge à un match de hockey sur glace, je ne
pouvais me douter un instant que la rondelle allait
prendre une place considérable dans ma vie.
Professionnelle ou privée. Je devais avoir six ou sept
ans et Fribourg militait au sein d’une première ligue
pas très enthousiasmante et dans une patinoire déjà d’un
autre temps où l’eau suintait le long de la roche qui
servait de murs d’enceinte. Un premier choc culturel que
de se retrouver dans une antique arène des Augustins qui
allait me permettre de vivre, quelques années plus tard,
mes premiers émois… sportifs.
Nous sommes le 4 mars 1980. La ville ne jure plus que
par son club de hockey, le HC Gottéron, et un homme:
Jean Lussier. «Grand’ Jean» pour les intimes. Un
Canadien très grand à la moustache blonde, d’une
timidité tellement maladive que je me suis souvent
demandé comment une homme aussi effacé hors de la glace
pouvait devenir un des meilleurs joueurs du championnat.
Un artiste, un gars qui vous vole la rondelle derrière
ses propres filets, qui traverse toute la patinoire pour
s’en aller tromper un gardien adverse qui n’y a vu que
du feu.
C’était
donc ça, le hockey à la canadienne, fait de classe, de
vitesse, de détermination. Du Lussier, j’en voulais
toujours plus. Lussier, Canada, Lussier, Canada, Lussier,
deux mots indissociables qui m’ont très logiquement
amenés - bien plus tard - à Cowansville, pas très loin
de Montréal, dans la demeure d’un ancien hockeyeur
devenu postier et responsable d’un parcours de golf.
Chez… Jean
Lussier, la moustache en moins, les années en plus.
Autre choc culturel, (re)découverte d’un personnage
finalement très banal, ce qu’il a toujours revendiqué.
Banal parce que l’idole de ma jeunesse (avec Eddy
Merckx) n’était rien d’autre que le parfait résumé du
Canadien que pensais traditionnel: chaleureux,
respectueux, presque craintif de vous imposer sa
présence.
Montréal, Québec, mais aussi Toronto, Calgary, Hull,
Troisrivières, Chicoutimi pour ne citer que quelques-uns
de mes voyages durant les années qui ont suivi. Tiens,
autant de hauts lieux de ce hockey sur glace qui m’a
amené, un jour, à la découverte d’un pays et de gens qui
sont une invitation à eux tout seuls. Une invitation à y
retourner… |